L’audace patronale sur le dos de la sécurité des travailleurs

17 février 2026

Ce matin, dans les médias, certains porte-parole patronaux ont l’audace de prétendre que les représentants en santé et sécurité (RSS) coûteraient « trop cher » et feraient gonfler la facture des condos pour les acheteurs.

Ce que nos chers employeurs oublient volontairement de mentionner, c’est que les RSS ne sont pas des dépenses inutiles : ce sont des travailleuses et des travailleurs qui veillent à ce que leurs collègues puissent terminer leur shift sans finir aux urgences, ou pire encore. Leur présence est importante et essentielle : ils sont nos yeux sur le terrain, ils voient les mauvaises pratiques, identifient les risques, dénoncent les situations dangereuses et travaillent à les corriger. L’implantation des RSS constitue un des gains les plus importants que notre industrie ait connu en SST!

Pourtant, les employeurs nous disent que ça fait trois ans que le programme est en place et que « les accidents ne diminuent pas assez » … Mais si les statistiques ne s’améliorent pas aussi vite qu’on le voudrait, ce n’est pas parce que le programme est mauvais ou inefficace. C’est parce que beaucoup trop d’employeurs ne prennent toujours pas le temps de faire appliquer les mesures réglementaires comme il faut!

On met au défi n’importe qui de nous montrer un chantier 100 % conforme au Québec : il n’y en a tout simplement pas! Il y aura toujours une situation à améliorer, parce que certaines entreprises continuent de privilégier le profit à la sécurité de la classe ouvrière. Pendant ce temps-là, nos travailleuses et nos travailleurs continuent de se blesser, parfois gravement, parfois mortellement. Et ça, on le répète, c’est absolument inacceptable.

Nos représentants en santé-sécurité évoluent dans l’adversité depuis le début

Dire que les RSS ne valent pas leur coût quand le bilan des accidents stagne, c’est oublier que le véritable problème, ce sont les employeurs réticents à faire respecter les règles. On se bat chaque jour contre des patrons qui refusent de désigner des RSS malgré leurs obligations réglementaires, qui mettent des bâtons dans les roues aux RSS ou qui minimisent l’importance de la santé-sécurité. Faut toujours aller plus vite, faire plus d’argent.

Ce n’est pas la présence des RSS qui doit être questionnée : c’est l’application réglementaire des employeurs eux-mêmes!

On sait que le patronat aime ça mettre le blâme sur les travailleurs… Mais dénoncer dans les médias qu’on leur coûte plus cher parce qu’on essaie simplement de faire notre job en sécurité, ça va un peu loin.

La SST : une priorité pour la CSN-Construction

Lors du 70e congrès de la CSN-Construction, au début février, nos membres ont adopté des résolutions sans équivoque, faisant de la santé et de la sécurité du travail une priorité incontournable pour le prochain mandat. Parmi les propositions adoptées, on retrouve notamment :

  • Qu’on revendique la présence de plus d’inspecteurs de la CNESST sur les chantiers, pour assurer une application rigoureuse et uniforme des lois et règlements.
  • Qu’on continue de demander le maintien et le renforcement des effectifs de la CNESST et qu’on dénonce toute réduction de personnel, ce qui compromet gravement la mission de l’organisme et met directement la SST de nos travailleurs en péril.
  • Qu’on poursuive la consolidation du statut des RSS à temps plein, qu’on continue de revendiquer l’accès à des formations complémentaires et continues, au-delà de la formation initiale, et qu’on demande une révision en profondeur du modèle des RSS à temps partiel afin d’assurer une prévention efficace et adaptée aux réalités des chantiers.
  • Qu’on exige que l’ensemble du financement lié au projet des RSS, depuis l’avis d’ouverture de chantier jusqu’à leur intégration, incluant la formation subséquente et l’accompagnement requis, soit assumé intégralement par la CNESST.
  • Qu’on continue de pousser pour un seuil de tolérance zéro en SST dans notre industrie, par une présence accrue sur le terrain et dans l’espace public, par la sensibilisation, la formation et la participation aux instances décisionnelles.

Réduire les coûts… à quel prix?

Notre industrie est meurtrière, et depuis bien trop longtemps. On bat des records en ce qui concerne les lésions et maladies professionnelles et les accidents de travail. Et là enfin, on trouve des outils comme les RSS pour améliorer les bilans et protéger nos travailleuses et travailleurs! Et pourtant, certains dirigeants patronaux trouvent encore le moyen de chialer contre ces mesures et d’instrumentaliser la peur du prix à payer pour les acheteurs de condos. C’est la même tactique clichée qu’ils ont utilisée pendant les dernières négos : « C’est l’acheteur qui va payer plus cher ».

Mais à quel prix ? Celui de la vie et de la santé humaine ?
Nous, on ne fera jamais ce choix.

Et si tous les syndicats ont décidé de faire front en santé et sécurité, c’est parce que dans cette lutte, c’est pas la couleur du casque qui est importante. Ce qui compte, c’est que notre monde puisse rentrer chez eux en un seul morceau à la fin de la journée.

La vie de nos travailleuses et de nos travailleurs n’a pas de prix. On ne devrait même pas avoir encore à le rappeler.