• Hommage aux sept travailleurs décédés et à Michel Chartrand

    28 avril 2010

    :: CSN-Construction ::

    Hommage aux sept travailleurs décédés et à Michel Chartrand Chaque année dans le monde, il y a 2,2 millions de travailleurs, femmes, hommes et enfants qui meurent de maladies professionnelles ou accidents de travail.

    Imaginez, C'est comme si la population de Montréal et de ses environs disparaissait en un an. Ceci équivault à près de 5,500 décès par jour.

    Épouvantable!

    Aujourd'hui le 28 avril, c'est la journée commémorative des travailleuses et travailleurs morts ou blessés au travail.

    Comme président de la CSN-Construction, j'ai le devoir moral de souligner le fait qu'au Québec, l'industrie de la construction contribue généreusement à gonfler ces statistiques pas très réjouissants d'ailleurs.

    Dans le domaine de la construction à lui seul, pas moins de 179 ouvriers sont morts de maladies ou accidents du travail durant la décennie de 1998-2007. Tout secteur d'activité confondu, l'industrie de la construction brille comme la triste championne au Québec au chapitre des travailleurs morts.

    Près de l'endroit où nous nous trouvons présentement, il y a 45 ans, soit en 1965, sur ce chantier de l'échangeur Turcot,  sept ouvriers trouvèrent la mort et plusieurs autres furent blessés dans un accident pourtant évitable. Une section de coffrage où l'on venait de couler 16 tonnes de béton s'effondra, enterrant ces travailleurs sous ces tonnes de béton et d'acier.

    Un accident? Peut-être. C'est certain que c'était une opération bâclée, mal conçu par les ingénieurs à l'emploi d'une compagnie qui ne respectait pas les normes de base, ni les règles de l'art. Bilan 7 hommes morts.

    Ces travailleurs, ils avaient des noms:

    Jean Poirier 24 ans

    Moïse Curadeau 34 ans

    Vitto Paradiso 37 ans
     
    Eugenio Baldi 45 ans

    Joseph-André Gérard 23 ans

    Pasquale Racaniello 26 ans

    et Joseph Holacz 44 ans

    Nous ne vous oublions pas.



    Depuis 45 ans déjà, vous n'êtes plus de ce monde. Parmi vous, quelques pères de familles. Et vous, les jeunes qui, aujourd'hui, auraient dû être au début d'une retraite bien méritée.

    Mais non. Vous n'êtes plus et nous sommes tous plus pauvres pour autant.

    La compagnie de construction, elle, continue d'exister et de faire des profits jusqu'à ce jour.

    Oui, il y a eu une enquête du coroner. Il a été déclaré que ces sept morts étaient
     «accidentelles». Accidentelles? Même si cette compagnie avait déjà été impliquée dans exactement le même genre d'incident en décembre 1964.

    Seulement un an auparavant, jour pour jour, au chantier de la station de métro Peel, encore une fois, un effondrement de béton mal sécurisé, causant plusieurs blessures sérieuses.

    Si aujourd'hui, les lois sur la santé et la sécurité sont plus fortes et les indemnisations pour les blessés et les survivants sont plus généreuses, c'est dû au travail des gens qui ont longuement milité à la défense des accidentés.

    Des militants comme MICHEL CHARTRAND, qui nous a récemment quitté.

    Il y a quatre décennies, Michel Chartrand dénonçait ces morts au chantier de l'échangeur Turcot. Et il ne mâchait pas ses mots. Pour lui c'était des meurtres, ni plus ni moins.

    Nous voulons donc rendre hommage aux travailleurs décédés, mais aussi saluer Michel Chartrand pour son immense contribution à la classe ouvrière et surtout pour son travail acharné sur la santé et la sécurité au travail.

    Mais, en ce jour du 28 avril 2010, il est impératif de se poser la question suivante:

    Pourquoi le secteur de la construction continue-t-il d'enregistrer les plus hauts taux de décès et d'accidents?

    Je peux vous donner quelques réponses.

    - Les conditions de travail;
    - Le manque des clauses d'ancienneté;
    - La précarité de l'emploi;
    - L'exigeance constante des employeurs d'augmenter la productivité et par ce fait même, 
      augmenter leurs profits;
    - Les longues heures de travail;
    - La quasi-inexistance des comités de santé et sécurité.

    Et j'en passe!

    Il existe un nombre incalculable d'accidents qui ne sont pas rapporté par les ouvriers/ères, de peur de perdre leur emplois.

    Beaucoup de travailleurs de la construction arrivent à l'âge de la retraite avec une très grosse partie de leurs santé hypothéquée: Maladie pulmonaire, cancers, lésions musculo-squelettiques, etc...

    Il n'existe pas de véritable souci de prévention de la part des employeurs, qui n'y voient que des coûts supplémentaires. Par exemple, quand nous voulons introduire des clauses de santé et sécurité dans les conventions collectives, ils trouvent toutes sortes d'excuses pour les refuser. Ce n'est pas compliqué. Parfois, les travailleurs et les patrons, nous avons des contradictions irréconciliables. Nous voulons préserver nos vies et améliorer nos conditions de travail. Eux, ils veulent accroître leurs profits!

    Cette contradiction est très bien représentée dans les actuelles négociations de conventions collectives du secteur de la construction au Québec.

    Il est temps que cesse cet impôt de sang que les ouvriers/ères doivent payer au système!

    Ce 28 avril 2010, nous rendons hommage aux travailleurs décédés et à leurs familles ainsi qu'à  Michel Chartrand grand batailleur des droits et dignité des travailleurs.


    «Ne les oublient pas, jamais!!!»



    Aldo Miguel Paolinelli, président
    Fédération de la CSN-Construction

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