15 novembre 2008
Par Pierre-Luc Bilodeau
Doit-on rappeler à quel point il est di?cile pour les travailleurs immigrants
de faire reconnaître leurs compétences, une fois foulée la terre d’accueil ?
Les métiers de la construction ne font pas exception à la règle. Depuis l’an
dernier, la CSN permet à des dizaines de travailleurs de voir en?n la lumière
au bout du tunnel.
Au Québec, la construction est un domaine fort réglementé. Pour y exercer un métier, il faut suivre un cours de santé et de sécurité au travail, réussir un examen de la Commission de la construction du Québec (CCQ), mais d’abord avoir en poche des milliers d’heures de travail dans un métier. Pour plusieurs travailleurs immigrants, faire la preuve des heures effectuées
ailleurs dans le monde peut devenir un véritable fardeau.
« Si la personne connaissait les documents nécessaires avant d’immigrer, ce serait très facile », estime Aldo Miguel Paolinelli, conseiller syndical à la CSN–Construction et responsable d’un nouveau projet touchant cette question. Mais ce n’est pas le cas bien souvent.
Pour mieux faire face à ce problème, le Comité d’adaptation de la main-d’œuvre (CAMO) a interpellé le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles afin de bâtir et de financer un programme d’accompagnement des nouveaux arrivants pour intégrer l’industrie de la construction. C’est ainsi que la CSN–Construction a pu participer à ce projet novateur.
« Le problème est que l’information est éparpillée, explique M. Paolinelli. Les gens ont besoin de valider leur formation et leur expérience et ne savent souvent pas comment y arriver. On les accompagne dans leur démarche. » Le conseiller syndical estime qu’il joue parfois un rôle
de travailleur social. « On finit par rassurer les gens dans l’incertitude, parce que le processus peut être très long. Ils pensent qu’ils vont travailler immédiatement et vivent de la frustration. »
L’an passé, 150 nouveaux arrivants ont béné?cié des services de la CSN à Montréal. Cette année, ce sont plus de 450 personnes de plusieurs régions du Québec qui doivent être rencontrées. La popularité de ce programme constitue un indicateur de sa pertinence.
M. Paolinelli rencontre un à un les candidats pour leur expliquer la réglementation de l’industrie et pour connaître leur situation personnelle. Il cherche aussi à savoir s’ils ont suffisamment d’expérience et, si c’est le cas, il tente de la faire reconnaître par la CCQ.
« Le plus difficile, c’est de trouver la preuve qui démontre le lien d’emploi, comme la déclaration de
revenus ou le talon de paie. Il y a des gens qui viennent du Liban, par exemple, où tout fonctionne avec de l’argent liquide. » Des ingénieurs, des techniciens en génie civil, des archi-
tectes ou des électriciens peuvent donc se retrouver sans emploi ou, au mieux, travailler comme manœuvre pour subvenir à leurs besoins.
Si toutefois les démarches aboutissent, le candidat peut passer les examens et être reconnu comme compagnon. Celui qui n’a pas toutes les heures peut, lors de pénuries de main-d’œuvre, intégrer l’industrie comme apprenti et poursuivre la recherche de preuves tout en travaillant. « On lui fournit une liste d’employeurs et il peut faire ses propres démarches, mais la
CSN–Construction peut aussi le soutenir a?n qu’il puisse trouver une garantie d’emploi d’une com-
pagnie », précise-t-il.
Le parcours des combattants
Mohamed Bouzidi, frigoriste Depuis son arrivée à Montréal, en mars 2008, Mohamed Bouzidi a connu un parcours semé d’embûches pour faire reconnaître ses compétences et ses années d’expérience à l’institut Pasteur d’Algérie. Après six ans de démarches d’immigration, il est sur le point de faire ce qu’il souhaite : trouver un boulot ici et en?n « être comme tout le monde ».
Avant de traverser l’Atlantique, ce père de famille n’avait jamais été informé des étapes à suivre, ni des documents requis pour pouvoir exercer son métier au Québec. Il admet aujourd’hui que sans les services de la CSN–Construction, il aurait bien pu jeter l’éponge devant ce qui lui semblait une mission impossible.
C’est un agent du ministère de l’Immigration qui a informé Mohamed du programme qu’o?rait la CSN. « Aldo, le conseiller de la CSN, m’a expliqué ce que je devais faire. J’ai ramené mes diplômes, mes relevés de notes, mes bulletins de paie et mes attestations de travail. Mais l’Algérie, c’est le tiers-monde : l’attestation de travail stipule seulement la date d’embauche. Je devais donc trouver un papier explicatif du nombre d’heures et des tâches effectuées. Mais quand mon ancien employeur a appris que j’étais au Canada, il n’a rien fait. »
Mohamed a alors contacté l’ambassade d’Algérie pour qu’ils lui remettent une lettre démontrant que, selon leur législation, la semaine normale de travail est de 37 heures et demie et qu’elle s’applique dans toutes les entreprises étatiques. « Mais l’ambassade n’a pas voulu m’aider. Je me demandais comment j’allais réussir. Aldo m’a dit qu’il ne fallait pas abandonner. Finalement, il m’a proposé une démarche qui n’avait jamais été tentée auparavant : signer une lettre devant un avocat de la CSN relatant la somme de toutes mes heures de travail depuis 1997, compilées
grâce à tous mes bulletins de paie. Ce fut accepté ! À la CSN, ce sont des battants. »
La CCQ a donc reconnu ses 17 000 heures de travail en Algérie. Mohamed doit maintenant suivre ses cours de santé et de sécurité au travail et réussir l’examen. « Je sais que je vais réussir », lance-t-il.
Axel Debacq, peintre
Fort de trois ans d’études et de huit ans d’expérience comme peintre, Axel Debacq, ne se doutait pas lui non plus qu’il était si complexe d’exercer son métier ici.
Belge d’origine, Axel est arrivé à Montréal en décembre 2007, grâce à un permis vacances–travail. Son objectif était de voyager et de visiter le Québec tout en travaillant dans son champ de compétence. « En Belgique, avec un diplôme, c’est su?sant », note-t-il.
« Quand j’ai téléphoné chez un peintre et qu’il m’a demandé si j’avais mes cartes de compétence, je me suis demandé : mais c’est quoi ces cartes-là ? Après coup, quelqu’un m’a conseillé d’aller à la commission scolaire pour passer le cours de santé et de sécurité au travail. Comme je n’avais pas mon cours de cinquième secondaire, je devais passer un cours de français. Mais je suis francophone… Je n’avais pas envie de suivre un cours de français. »
C’est alors qu’un agent de l’AMPE-CITY, un service d’aide à l’emploi pour les nouveaux arrivants francophones, l’a dirigé vers la CSN. « Ça a été très rapide dès qu’on m’a mis sur le bon chemin. Il faut juste trouver la bonne personne qui te donne les explications. Par le biais d’Aldo, j’ai suivi rapidement le cours de santé et de sécurité avec la CSN. »
Ensuite, il a obtenu le détail de toutes les heures de travail e?ectuées en Belgique. Il a donc pu passer l’examen de peintre compagnon et obtenir sa carte de compétence.
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